Le Small Arms Survey a confirmé que bien plus d’armes
légères se trouvent entre les mains de civils que
dans des arsenaux d’états. C’est pour cette
raison que la régulation de la vente, possession et utilisation
d’armes à feu par des civils est essentielle pour
prévenir leur détournement vers des marchés
illicites.
Des contrôles domestiques trop faibles sur les armes légères
contribuent à alimenter le marché illicite. En
Afrique australe, par exemple, le manque de réglementation
sur les armes légères a non seulement entraîné des
taux élevés de violence en Afrique du Sud, mais
il a également eu le même effet dans les pays avoisinants.
Les armes acquises en Afrique du Sud filtrent à travers
les frontières et alimentent la violence criminelle. L’Afrique
du Sud a réagi à ceci en renforçant sa législation
nationale, et la région SADC s’attelle à harmoniser
les réglementations. Des progrès importants ont été faits
pour renforcer la coopération entre forces de maintien
de l’ordre.
Un phénomène similaire peut être observé dans
les Amériques. Ici même, aux Etats-Unis, plus de
200 millions d’armes légères sont en circulation.
La tragique réalité est qu’en moyenne huit
jeunes de moins de vingt ans sont tués par balle chaque
jour dans ce pays. Cela revient à dire qu’environ
40 jeunes seront tués par balle durant cette Réunion
Bisannuelle, et que près de six mille jeunes ont été tués
par balle depuis que le Programme d’action a été adopté.
Si davantage d’armes rendaient un pays plus sûr,
les Etats-Unis seraient le pays le plus sûr du monde. Par
ailleurs, dans cet hémisphère aussi, le manque
de contrôles nationaux effectifs dans un pays peut avoir
de graves conséquences pour les pays avoisinants. Plus
de 80 % des armes légères confisquées au
Mexique à la suite de crimes, et pratiquement toutes les
armes légères récupérées en
Jamaïque, trouvaient leur origine aux Etats-Unis.
Il ne suffit pas d’appréhender et de punir des
criminels pour répondre adéquatement à la
violence commise par les armes légères, et adresser
le trafic illicite. Il faut également que les gouvernements
acceptent leur responsabilité d’établir des
lois adéquates sur la possession civile. De telles lois
ont été mises en œuvre avec des effets très
positifs dans un grand nombre de pays, et sont encouragées
par la Résolution de la Commission des Nations Unies sur
le Crime et la Justice Criminelle de 1997, qui appelle les Etats à:
· Soumettre la possession d’armes à feu à des
licences,
·
Garder une trace des ventes et enregistrer les armes à feu,
·
Assurer un stockage sécurisé; et
·
Inclure une application rigoureuse de la loi.
Des normes ont émergé autour de l’interdiction
de la possession civile d’armes d’assaut militaires
entièrement automatiques, ainsi que de types d’armes
considérés comme à haut risque d’usage
criminel. De plus, le Rapporteur spécial de la Commission
des droits de l’homme des Nations Unies a insisté dans
une déclaration récente sur la responsabilité des
Etats à protéger les civils de l’usage abusif
d’armes légères.
Il est important de se souvenir que les lois ne sont que des
mots sur le papier si des ressources adéquates ne sont
pas allouées à leur mise en œuvre effective.
Par exemple, au cours des dix dernières années,
le Canada a investi des ressources importantes dans le renforcement
de sa législation et sa mise en œuvre. A ce jour,
90 % des propriétaires d’armes à feu sont
licenciés, 80 % des armes à feu sont enregistrées,
et les morts et blessures liées à la violence commise
par armes à feu ont diminué de manière significative.
Ce nouveau système s’est révélé capital
pour détecter et poursuivre en justice l’une des
plus importantes opérations de trafic illicite de l’histoire
canadienne – l’exportation illégale de 40
000 armes légères et composants qu’on suppose
avoir été destinés au Moyen Orient. Mais
afin d’assurer la sécurité des rues canadiennes,
il faut également que la communauté internationale
s’engage à travailler contre le trafic illicite,
avec des armes illégales qui continuent à s’infiltrer
dans le pays.
Les gouvernements sont responsables du contrôle de la
circulation interne des armes sur leur territoire. De même,
ils doivent prendre des mesures de manière urgente afin
d’empêcher que ces armes soient l’objet de
transferts depuis ou à travers leur territoire.
Le Programme d’action réaffirme la responsabilité des
gouvernements dans la prévention, le contrôle et
l’éradication du commerce illicite d’armes
légères.
Cependant, dans certains cas, les gouvernements sont directement
impliqués dans la circulation illicite d’armes légères.
Ceci arrive lorsque des gouvernements font l’acquisition
ou la vente d’armes en violation d’embargos internationaux
; lorsque des membres de gouvernements signent des certificats
de destinataire final tout en sachant que ces armes vont être
déviées vers des usagers non autorisés ;
ou lorsque des gouvernements sont impliqués dans des transactions
occultes, soit frauduleuses, soit qui tirent profit des lacunes
présentes dans les législations nationales et internationales.
Dans d’autres cas, les gouvernements donnent la permission à des
marchands privés de réaliser des transactions en
accord avec leurs intérêts politiques ou commerciaux,
sans souci aucun du coût humain que peuvent occasionner
ces transferts. Enfin, il est possible que les gouvernements
aient échoué dans leur mission ou aient été incapables
d’assurer la mise en place de mécanismes de contrôle
des armes, de prendre des mesures afin d’empêcher
le trafic illicite, de poursuivre en justice les responsables,
ou d’assurer la sécurité de leurs frontières
afin d’éviter le trafic illicite. Malheureusement,
dans les deux ans qui ont suivi la signature du Programme d’action,
le trafic illicite a été alimenté en permanence
de ces trois manières. Je me permets de réitérer
que le coût de chacun de ces échecs se compte en
vies humaines perdues.
Dans le monde entier, ce sont les civils qui paient le prix
fort pour l’incapacité des gouvernements à contrôler
les marchands privés d’armes. Récemment,
les combats au Liberia ont contribué à l’expansion
de la violence dans la région ouest africaine, y compris
au Sierra Leone, en Guinée, et plus récemment encore
en Côte d'Ivoire. Rien qu’au Libéria, le conflit
a provoqué le déplacement de dizaines de milliers
de personnes et a causé la mort de centaines de milliers
d’innocents. Selon Human Rights Watch, de sérieuses
violations ont été commises de tous les côtés
contre les droits humains et contre le droit international humanitaire,
au point que l’on puisse parler de crimes de guerre.
Les flux illicites d’armes légères ont contribué aux
atrocités. L’embargo sur les armes décrété en
1992 pour le Libéria, renforcé en 2001, concerne à la
fois le gouvernement du Libéria et les acteurs non étatiques.
Le moratoire ECOWAS sur les armes légères a été mis
en place en 1998, mais les revendeurs privés sont parvenus à esquiver
les lois afin d’approvisionner les combattants en armes.
Ceci est un problème constant qui provoque d’énormes
souffrances humaines. Le groupe d’experts de l’ONU
sur le Libéria a récemment révélé l’existence
de plusieurs convois d’armes illicites arrivés par
avion au Libéria en juillet et en août 2002, au
cours desquels plus de 200 tonnes de surplus d’armes yougoslaves,
majoritairement des armes légères, ont été débarquées
de vols affrétés par des entreprises moldaves et
belges. Ce rapport fait aussi mention de la possibilité d’un
autre accord commercial pour un convoi d’armes vers le
Libéria. Je me permets de rappeler que ceci a provoqué la
mort de milliers de personnes. Si d’autres convois d’armes
légères parvenaient au Libéria, le pays
et la région entière seraient alors plongés
dans une catastrophe humanitaire.
Les courtiers en armes jouent un rôle central dans les
transferts illicites d’armes et font souvent partie de
réseaux internationaux de crime organisé. Revendeurs
peu scrupuleux, transporteurs et agents financiers sont surtout
motivés par les gains à la clé, et sont
indifférents au passif humanitaire des pays destinataires.
Ces réseaux de trafic ont été capables d’échapper à l’attention
et aux sanctions en contournant habilement des mécanismes
nationaux de contrôle et des embargos internationaux. Dans
certains cas, des revendeurs peu scrupuleux ont été autorisés
par les pays dans lesquels ils opèrent à poursuivre
leurs activités sans entrave aucune. Le rôle joué par
ces marchands dans l’approvisionnement en armes légères
de zones de conflit dans le monde a été l’objet
d’importantes recherches, y compris par des groupes d’enquêteurs
de l’ONU. Cependant, les responsables du trafic illégal
ont poursuivi leur commerce en raison de l’absence d’une
véritable volonté politique qui aurait pour but
de mettre un terme aux réseaux de trafic d’armes,
ainsi qu’à cause de l’absence de lois nationales
efficaces et d’accords internationaux qui réglementent
ces activités.
Un nombre très restreint de pays ont mis en place des
contrôles qui permettent de réglementer clairement
les activités des courtiers en armes qui agissent comme
intermédiaires ou qui facilitent les transactions d’armes.
En mai 2003, un total de 38 états se targuaient d’avoir
mis en place des mécanismes de contrôle sur les
activités de courtage. En réalité, il semble
que seuls dix-huit d’entre eux aient traité spécifiquement
de ce problème. Parmi ceux-ci, la nature et l’échelle
de ces contrôles varient considérablement, et très
peu de pays garantissent des contrôles extraterritoriaux.
La traduction en justice de courtiers demeure un fait extrêmement
rare. Dans les quelques cas où les gouvernements tentent
une action en justice, l’absence de lois régissant
ces activités de manière explicite rend leur condamnation
improbable. Par exemple, aucun des courtiers responsables des
transferts d’armes vers les acteurs du génocide
au Rwanda n’a été traduit en justice à ce
jour. Je dis bien aucun.
Si l’on en croit les exemples mis en place avec succès
par certains gouvernements, afin d’aboutir à un
contrôle réellement satisfaisant des activités
de courtage, il serait nécessaire que les états
réglementent les activités de courtage au cas par
cas, et évaluent les demandes de licences à la
lumière d’une série de critères minimaux.
Les agents financiers et les transporteurs devraient aussi être
soumis à des licences, et le contrôle des activités
de courtage devrait s’étendre aux courtiers résidents
sur le territoire aussi bien qu’à ceux qui opèrent
depuis l’étranger.
Des tentatives ont été faites à l’échelle
régionale afin de contrôler les activités
de courtage. Cependant ces mesures régionales ne sont
pas suffisantes ou adéquates afin de répondre au
problème posé par des courtiers peu scrupuleux,
qui se rendent délibérément coupables de
contourner les mécanismes de contrôle et utilisent
différents circuits d’approvisionnement à travers
le monde entier. C’est seulement grâce à un
traité international, qui fournirait des critères
uniformes, que l’on pourrait affronter une menace qui ne
connaît pas de frontières. Il existe un modèle
de ce traité, élaboré par des ONG. Le problème
du courtage ainsi que les moyens de mettre un terme à ces
effets pervers est une des priorités de IANSA.
Un des défis principaux dans l’éradication
du commerce illicite des armes légères est de déterminer
d’où viennent les armes et comment elles entrent
dans les réseaux illégaux. Le marquage et le traçage
sont nécessaires en vue de permettre aux gouvernements
d’identifier et de poursuivre les trafiquants qui sont
responsables du fait que des armes tombent entre les mauvaises
mains.
Trois conditions sont nécessaires pour tracer les armes
légères:
· Le marquage approprié pour une identification
unique;
·
L’enregistrement de tous les transferts et des propriétés;
·
Un mécanisme de traçage pour remonter le chemin
parcouru par l’arme en vue de déterminer le moment
où l’arme a dévié sur le marché illégal.
Les pratiques actuelles de marquage ne sont ni suffisantes,
ni uniformisées. Parfois, elles sont même inexistantes.
Aucune convention internationale ne définit de normes
pour le marquage des armes. De plus, en l’absence de registre
international et même de registres au niveau national sur
les transferts d’armes légères et de munitions,
le traçage de leur parcours est pratiquement impossible.
Actuellement, il y a une absence totale de mécanismes
de traçage dans les situations de conflits et d’immédiat
après-guerre. En vue d’assurer que les armes sont
bien livrées à leur destinataire final, des contrôles
physiques devraient être effectués lors de l’exportation,
aux points de transit et à l’importation, et toutes
les données récoltées devraient être
comparées.
Le Programme d’action prévoit une étude
de faisabilité du développement d’un instrument
international sur le marquage et le traçage des armes
légères.
Le Groupe d’experts gouvernementaux des Nations Unies
sur la marquage et le traçage, qui devra remettre son
rapport à l’Assemblée générale
en septembre, a déjà conclu qu’un tel instrument
est faisable, et recommande de commencer les négociations à cette
fin. Ceci représente le premier pas concret au niveau
global en vue de développer des instruments légalement
contraignants sur les armes légères dans le cadre
du Programme d’action.
Les ONG ont joué un rôle clé dans l’avancement
de l’agenda concernant le marquage et le traçage.
Au Brésil, les ONG qui coopèrent avec la Police
ont révélé que la plupart des armes utilisées
dans la criminalité à Rio étaient des armes
d’origine brésilienne qui ont été exportées
au Paraguay et ensuite réintroduites dans la ville par
des voies illicites. Sur la base de cette information, en l´an
2000, le gouvernement brésilien obtint du Paraguay la
déclaration d'un moratoire de 3 ans sur les importations
d´armes et munitions fabriquées au Brésil.
En 1996, le gouvernment des Etats-Unis avait lui-même suspendu
la concession de licenses d´exportation d´armes fabriquées
aux États-Unis vers le Paraguay, même si cette mesure
avait été vite contournée grace à la
trianguation des brokers.
Au niveau international, les ONG ont développé une
convention modèle sur le marquage, l’enregistrement
et le traçage, et ont offert leur contribution au développement
par les Etats d’un instrument contraignant.
Dans le Programme d’action, les gouvernements relèvent
avec inquiétude que le trafic d’armes légères
est lié à d’autres activités illicites,
y compris le terrorisme, le crime organisé, et le trafic
de narcotiques et de métaux précieux. Le trafic
d’armes légères et le commerce illégal
de matières premières sont étroitement liés.
Les mêmes voies utilisées dans la contrebande de
matières premières telles que les drogues et les
diamants sont utilisées également pour conclure
des ventes illégales d’armes. Les profits tirés
du pillage des ressources naturelles ont permis à des
acteurs non étatiques tout comme à des forces gouvernementales
de rester amplement armées, parfois même en violations
d’embargos contraignants sur les armes.
Le problème est très répandu et ses effets
sont dévastateurs. Ces commerces ont contribué au
développement d’économies de guerre sophistiquées
qui favorisent les conflits, comme dans le cas du trafic de diamants
en Angola et en Sierra Leone. On estime que le conflit en République
Démocratique du Congo a fait plus de 3 millions de morts
depuis 1998. Je vais répéter cette phrase. On estime
que le conflit en République Démocratique du Congo
a fait plus de 3 millions de morts depuis 1998. Il existe des
preuves irréfutables de ce que la tragédie continuelle
en RDC est alimentée par quelques uns de ces liens. Des
crimes contre l’humanité ont été commis
par des belligérants qui cherchent à contrôler
les vastes ressources naturelles du pays. Un panel d’experts
de l’ONU a révélé l’existence
de liens entre le pillage de la RDC et des réseaux de
trafic d’armes basés principalement en Afrique et
en Europe.
Il appartient aux gouvernements de combler ces lacunes et resserrer
les procédures. Certaines mesures ont été prises
depuis que le Programme d’action a été adopté,
mais ces progrès sont trop lents et complètement
disproportionnés par rapport à l’échelle
de la tragédie humaine qui se déroule simultanément
dans tant de communautés. En se tournant vers l’avenir,
vers la prochaine réunion bisannuelle d’armes légères,
nous appelons les gouvernements rassemblés ici à réitérer
leurs engagements sous le Programme d’action et d’autres
accords associés, afin d’assurer un contrôle
strict du commerce privé d’armes légères.
En particulier, les mesures suivantes devraient être adoptées:
· Adresser le courtage en armes par des mesures contraignantes,
y compris en priorisant la négociation d’un instrument
international sur le courtage en armes ;
·
Donner suite au rapport du Groupe d’experts de l’ONU
sur le marquage et le traçage, y compris en entreprenant
la négociation d’un instrument international qui
doit être contraignant ;
·
Faire en sorte que des législations adéquates soient
mises en place afin de punir le trafic et l’usage illicite
d’armes légères par des acteurs privés,
y compris à l’intérieur des frontières
nationales, et que ces législations soient effectivement
mises en œuvre ;
·
Rompre les liens entre le trafic d’armes légères
et d’autres activités illicites, y compris en combattant
les réseaux de contrebande tant au niveau national qu’international,
ainsi qu’en instituant une transparence des paiements relatifs
aux industries d’extraction.
Madame la Présidente, je vous remercie.
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