| Basée dans la province surarmée de la Frontière du Nord-Ouest, Blue Veins joue la carte de la sensibilisation, l’action et la mobilisation pour faire progresser la condition des femmes et des enfants. Bien que l’organisation s’adresse à tous les groupes de femmes et d’enfants, elle se concentre sur les pauvres des zones rurales, et elle est particulièrement présente à Dara Adam Khel, village connu pour fabriquer des armes légères. Pour davantage d’informations sur la violence armée au Pakistan, visitez notre page d’Asie du Sud.
Nous avons interrogé Shaheen Quresh (présidente de l’ONG) et Qamar Naseem (responsable de la coordination des programmes) sur le problème de la violence armée à l’encontre des femmes au Pakistan.
En quoi les armes à feu influent-elles sur les femmes de votre région ?
Les armes et leur commerce font depuis toujours partie intégrante de notre société. Symboles de virilité, les armes à feu sont associées à la religion, et c’est pour quoi tous les hommes y ont accès, indépendamment de leur âge, race et classe sociale. La présence massive d’armes à feu fait peser une menace constante sur les femmes, car elles sont les cibles les plus vulnérables de la violence armée.
Quand les hommes s’entretuent sous les balles, les femmes en pâtissent également. Conformément à la Swara, coutume tribale de la province de la Frontière du Nord-Ouest, une fille mineure peut être donnée en mariage pour dédommager la famille de la victime d’un meurtre commis par un de ses parents mâles. La majorité des Swara se retrouvent dans la position de deuxième, troisième, voire quatrième épouse.
Si l’homme qui subvient aux besoins de la famille se fait tuer, la femme est souvent réduite à un dénuement extrême, car elle a rarement suivi des études ou une formation lui permettant de gagner sa vie.
Quelles sont les circonstances où la femme est le plus menacée par la violence armée, et pourquoi ?
La femme en milieu rural est particulièrement menacée par la violence armée. Dans ces régions où les traditions tribales sont profondément ancrées depuis des siècles, la pudeur de la femme est jalousement protégée. L’honneur d’un homme, sali par l’inconduite sexuelle, supposée ou réelle, d’une femme ou par tout autre refus d’obéir de sa part, ne peut être lavé que par le meurtre de celle-ci et de son prétendu partenaire. En règle générale, la femme est assassinée la première, ce qui laisse ainsi à l’homme le temps de s’enfuir.
Quelle est la législation sur la détention privée d’armes à feu dans votre région ?
Autrefois, des permis de port d’armes permettaient de réglementer officiellement la détention privée d’armes légères, mais désormais, ces permis sont rarement délivrés. La détention privée d’armes légères a beau être illégale, la corruption généralisée entrave l’application rigoureuse de la loi. Conclusion, les femmes ne se sentent pas en sécurité ni en sûreté. Plus inquiétant encore, on note une recrudescence de la violence armée à leur encontre.
La police prend-elle au sérieux la violence armée contre les femmes ? A-t-elle adopté des mesures de prévention ?
Le droit des femmes à vivre dépend de leur obéissance à des traditions et des codes sociaux. L’indifférence et la complicité de l’Etat face à leur oppression ne font qu’intensifier leur peur des armes à feu. Quand une femme parvient à survivre à une agression armée, son manque d’instruction, sa méconnaissance des lois, ainsi que la législation discriminatoire en vigueur l’empêcheront de se manifester.
Si une femme veut porter plainte pour un crime dont elle a été victime, les autorités l’en dissuadent, et l’encouragent au contraire à se réconcilier avec son agresseur. Les institutions publiques – les services de police et la justice – se montrent extrêmement clémentes avec ce type de criminels. Ces faits sont uniquement portés à la connaissance du grand public et de la presse si la femme meurt ou si elle est atrocement blessée. Certes, des politiques sont mises en place et révisées de temps à autre, mais elles portent uniquement sur le fond, jamais sur la forme.
Comment améliorer la situation ?
Les mesures suivantes permettraient d’améliorer les choses :
- Faire dûment appliquer des lois plus sévères sur les armes à feu.
- Mieux sensibiliser la collectivité au problème, notamment les jeunes.
- Faire pression sur le gouvernement pour qu’il renforce le maintien de l’ordre, ce qui incitera les particuliers à renoncer à l’autodéfense.
- Mettre en place un forum pour que les femmes puissent faire entendre leur voix, et pour garantir aux victimes de la violence armée protection et aide juridique.
Guider, en théorie et en pratique, la société de la Province de la Frontière du Nord-Ouest vers la non-violence en formant les associations locales qui, à leur tour, informeront leurs communautés respectives.
Selon Blue Veins, les hommes et les jeunes garçons doivent être mis à contribution si l’on veut faire évoluer les mentalités dans cette société patriarcale. C’est pour quoi l’organisation va à leur rencontre par le biais d’institutions qui jouent un rôle social majeur, comme la mosquée et le Hujra. Le Hujra tient lieu de club, foyer, pension de famille, et espace pour les rituels et les festivités. A la fois centre d’activités sociales et salle des délibérations pour régler les conflits familiaux et intertribaux, il abrite également les réunions du Jirga où d’importantes décisions sont prises, et où querelles familiales et différends tribaux trouvent une solution amiable. Par ses rapports avec la mosquée et le Hujra, Blue Veins mobilise les citoyens ordinaires, hommes comme femmes, et les incite à agir pour éradiquer la violence armée, et promouvoir la condition de la femme au sein de la société.
Pour davantage d’informations, adressez-vous par e-mail à Qamar Naseem
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