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Portrait d’une ONG : Instituto ProMundo, Brésil

Au Pakistan, les femmes défient la culture des armes

« Calme-toi! » Une publicité de l’Instituo ProMundo qui cherche à persuader les jeunes hommes de mettre fin à la violence contre les femmes. © Instituo ProMundo
Au Brésil, le taux de décès liés aux armes à feu fait partie des plus élevés de la planète – et comme partout ailleurs, ces homicides sont majoritairement commis par de jeunes gens sur d’autres jeunes gens.(1) Mais les armes à feu constituent également le moyen le plus utilisé pour tuer les femmes, environ la moitié des fémicides leur étant imputable ces dernières années.(2)

On a tendance à considérer la violence contre les femmes et la sécurité (ou plutôt l’insécurité) publique comme radicalement distinctes, les initiatives du Brésil en matière de recherche et de politiques donnant d’ailleurs quasiment toujours la priorité à cette dernière. Il ressort de nombreuses études que les victimes de violences conjugales font davantage état de coups et autre maltraitance physique que de blessures par balles. Parallèlement, de par le machisme et les rapports de pouvoir entre les sexes, ce crime est rarement reconnu, étudié, signalé ou puni au Brésil. Il est de toute évidence nécessaire de mettre davantage l’accent sur la recherche et la sensibilisation pour mieux comprendre les liens et les orientations communes des initiatives visant à prévenir, à la fois, la violence urbaine et la violence à l’encontre des femmes.

Instituto ProMundo : Travailler avec des hommes pour enrayer la violence à l’encontre des femmes
Cette action de sensibilisation est en partie menée par une ONG novatrice basée à Rio, Instituto ProMundo. A l’instar de Keanu Reeves dans Matrix, les jeunes qui participent aux projets de cette organisation apprennent à avoir une réflexion critique sur la façon dont la société «conditionne» attitudes et comportements. Selon son directeur Gary Barker, ces projets, qui s’adressent essentiellement aux jeunes hommes des favelas de Rio connues pour leur violence et leur machisme, ont pour objectif de les aider à se libérer de la «matrice» des constructions de genre – et à comprendre son incidence sur leur quotidien. Qu’il s’agisse de gérer échecs et frustrations, d’utiliser les moyens de contraception, de se faire soigner, mais aussi de décider de faire partie d’un gang, de se livrer à des activités criminelles ou d’avoir recours à la violence contre la partenaire, la famille ou les pairs.

Ainsi, le Programa H de l’ONG (H pour homem, qui signifie homme en portugais) est une intervention sociale ayant recours aux :

  • Activités éducatives et discussions de groupe pour prévenir la violence, et encourager des pratiques saines quant à la sexualité, la paternité, la violence, la gestion de la colère, etc.,
  • Campagnes pour faire évoluer les attitudes sociétales, notamment ce que signifie «être un homme». Par exemple, la campagne «Ruban blanc», suivie dans plusieurs pays du monde et rassemblant les hommes qui s’opposent à la violence contre les femmes,
  • Associations de quartier pour aller à la rencontre des jeunes gens dans des contextes violents, et les aider, particulièrement en matière de santé et de soutien psychologique.

L’idée de travailler avec des hommes pour enrayer la violence à l’encontre des femmes et d’autres hommes est relativement récente au Brésil. En 1999, ProMundo a réalisé que «genre» avait tendance à être confondu avec «femmes», et qu’en dépit des débuts prometteurs de la recherche sur la masculinité et la santé, les actions de terrain étaient, pour leur part, quasiment inexistantes. Au lieu de s’attacher aux expressions négatives de la virilité (utilisation des armes à feu, violence, comportements à risques : prise de drogue ou conduite dangereuse), l’ONG a préféré inciter les hommes à promouvoir l’égalité des sexes, ce qui a, selon elle, une incidence positive sur la santé des jeunes.

Elle se consacre à consolider les attitudes et les comportements positifs, ainsi qu’à renforcer la résilience de ces jeunes gens qui choisissent de ne pas adopter de comportements agressifs, et ce, bien qu’ils vivent dans un contexte de violence et de marginalisation sociale. A titre d’exemple, d’après une étude de ProMundo, 26 % des hommes de 15 à 60 ans affirment avoir physiquement maltraité une de leurs partenaires récentes. «Même si l’on tient compte de la sous-notification des cas, il n’en reste pas moins une majorité d’hommes et de jeunes qui choisit d’agir dans le bon sens, des hommes qui remettent en question l’usage de la violence, et recherchent des relations plus équilibrées», commente Gary.

S’inspirant de la réussite du Programa H, l’organisation a lancé le Programa M, comme femmes (mulher) et le Programa D, comme diversité. Par ailleurs, elle a mis au point un outil des plus perfectionnés pour mesurer les progrès vers l’égalité des sexes dans les mentalités et les comportements, ainsi qu’un questionnaire détaillé pour évaluer ses travaux au plan quantitatif et qualitatif. Elle assure également des formations, et développe actuellement des partenariats avec d’autres organisations du monde entier pour élaborer et mettre en place des versions de ces programmes adaptées à la réalité locale, notamment en Inde, au Mexique et aux Etats-Unis.

Progrès récents
C’est grâce aux efforts obstinés et à la persévérance d’organisations telles que Instituto ProMundo et Viva Rio, membre du RAIAL, que la situation est en cours d’amélioration au Brésil.

  • Aujourd’hui, il existe des postes de police spécialisés dans la violence contre les femmes, les Delegacias da Mulher, mais en 2002, ils n’étaient que 325 pour tout le territoire.
  • Même si la vaste majorité de ces crimes demeure impunie, le Brésil a durci la législation relative aux actes de violence contre les femmes en 2004 : alors qu’auparavant, les hommes maltraitants payaient une amende symbolique ou effectuaient des travaux d’intérêt général, ils encourent désormais jusqu’à cinq ans de réclusion.
  • Le Brésil a aussi réformé en profondeur la législation relative aux armes à feu en 2003 (le port d’armes est désormais illégal pour la majorité des civils, et l’obtention de permis est devenue plus difficile), et il a prévu un référendum en octobre prochain sur l’interdiction de leur détention par les civils.
  • En février, ont démarré des recherches appliquées sur le rôle et les réactions des femmes et des fillettes face à la violence armée qui sévit à Rio. Ces travaux visent à combler les lacunes existantes en matière de sensibilisation / recherche / politique en établissant le profil de femmes dans une situation de non-guerre, à mettre en place des stratégies sexospécifiques pour faire reculer la violence armée, et à mobiliser les femmes autour de l’actuel programme de rachat des armes à feu et du référendum sur l’interdiction desdites armes au Brésil. Cette étude de cas sur 18 mois est le fruit d’un partenariat entre Viva Rio et le Centro de Estudos para a Paz de l’université de Coimbra au Portugal, que finance la Fondation Ford.

Pour davantage d’informations sur ProMundo, veuillez vous rendre sur le site www.promundo.org.br ou écrire à Gary Barker g.barker@promundo.org.br. Pour de plus amples informations sur la violence générée par les armes à feu au Brésil en général, envoyez un e-mail à Jessica jessica@vivario.org.br ou à Tatiana tatiana@ces.uc.pt.

Article de Jessica Galeria, Viva Rio, membre du RAIAL.

(1) En 2002, 38 088 décès liés aux armes ont été recensés au Brésil (DATASUS). Tout au long des années 1990, 93 % des victimes étaient des hommes, et 7 %, des femmes. «Violência por armas de fogo no Brasil – Relatório Nacional.» (2004) Disponible sur : http://www.nev.prp.usp.br/
(2) Mortalidad feminina por causas externas: Brasil e Macro Regiiões (1979-1999). Disponible sur : http://www.claves.fiocruz.br/Boletim%204.PDF
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Etude de cas : Les femmes et les armes légères au Sénégal
Fiche de synthèse : Femmes victimes de la violence armée au sein du foyer
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