Difficile de parler d’un tel thème dans un pays où les stéréotypes liés aux armes légères et à la division bien claire des rôles des femmes et des hommes sont encore très forts et enracinés dans la tradition, la culture, les acquis de la société. Le Sénégal, pays situé à la pointe extrême de l’Afrique occidentale est un pays stable qui a connu pendant plus de 20 ans un conflit armé au sud, dans la région de Casamance ; la thématique des ALPC est sensible et se manifeste surtout par de la criminalité dans les grandes villes, certains axes routiers et les zones frontalières. Les femmes représentent plus de 50% de la population et leur implication dans les questions de paix et de sécurité en général et plus spécifiquement celle des ALPC est quasi nulle. Le Mouvement contre les Armes Légères en Afrique de l’Ouest (MALAO), ONG créée au Sénégal, active dans les domaines de la lutte contre les ALPC pour la sécurité, la paix et le développement a très tôt opté pour une approche incluant le genre dans la mise en œuvre de programmes surtout en Casamance.
Contexte
Les hommes et les femmes n’appréhendent pas la question des ALPC sous le même angle; les femmes et les hommes ont des responsabilités bien précises; il y a dans notre société sénégalaise, beaucoup de clichés, profondément enracinés dans l’inconscient collectif et individuel : « les armes ce n’est pas un sujet pour les femmes »; « les femmes ne touchent pas au armes »; « cela ne les regarde pas »; « c’est une affaire de « Gors » (hommes), un véritable attribut de masculinité. Les conséquences sont :
- Les femmes ignorent bien souvent que leur mari a une arme dans la maison (résultats du sondage fait par le MALAO en 2003.
- Malgré les conséquences et l’impact du conflit en Casamance et de la guerre de libération Bissau guinéenne, les femmes se sentent peu attirées par cette thématique et ne s’impliquent qu’en désespoir de cause.
- Il existe une fabrication artisanale qui remonte aux anciens empires de la région avec des castes et seulement les hommes qui avaient cette attribution.
- Les hommes sont les victimes directes, mais les femmes sont indirectement les plus touchées.
Au MALAO avoir une femme présidente a été au début considéré comme « surprenant, atypique » aussi bien par les responsables de sécurité que de la société civile
Rôle des femmes dans le conflit en Casamance
De par la tradition, les femmes diolas(1) ont rôle et un statut particulier leur donnant un certain pouvoir dans la famille et dans la société; ce sont les « prêtresses » et dépositaires de la tradition. Dans le conflit, les femmes ont plus un rôle mystique, d’accompagnement spirituel, matériel, logistique que d’intervention directe sur les instruments du conflit que sont les ALPC; il nous faut néanmoins atténuer cette affirmation car les femmes sont aussi bien victimes qu’actrices de la prolifération et de la circulation des ALPC.
Au début du conflit, les femmes se sont impliquées surtout dans la préparation mystique, culturelle de cette rébellion; les femmes ont eu ce rôle ‘incitation, de galvanisation des troupes. Elles ont participé au transport des armes d’une zone de conflit à une autre, à la pose de mines; en effet « on « leur avait dit que ces mines ne « sautaient que contre l’ennemi ». Hélas, elles constituent maintenant la grande majorité des victimes de mines. L’impact du conflit a été terrible et ans tous les domaines : psychologique (stress, troubles psychologiques), physiques (victimes de mines, viols, grossesses précoce), social, économique.
Néanmoins, les femmes ont été les premières à réagir pour inverser la tendance avec des initiatives diverses, multiformes allant d’activités sportives, de conférences à des foras d’envergure régionale ou nationale. Les femmes traditionnelles se sont alors impliquées pour inverser la tendance et s’impliquer concrètement dans la sensibilisation pour le retour de la paix. Plus spécifiquement, dans le domaine des ALPC, le MALAO les a formées et elles ont au cours de leurs tournées sensibilisé et préparé les esprits et les cœurs à la phase de DDR.
Perspectives
La structure gouvernementale est la Commission nationale créée en Novembre 2000; à ce jour il n’y a pas une seule femme. Les 3 et 4 mars 2005, la Commission nationale a amorcé un processus de révision de la législation en matière d’armes légères, avec une participation de 6 femmes sur 75 participants. La thématique est sensible et nouvelle pour la société civile; à l’initiative du MALAO s’est créé le RESAAL; le lancement de la campagne pour le TCA a permis également de mettre en place un Comité de pilotage : l’adhésion, les activités ne prennent pas en compte spécifiquement le genre tellement le lobbying et le plaidoyer pour tous est encore à approfondir; néanmoins on note un engagement de plus en plus de structures de femmes.
Un programme de lutte contre les armes légères qui va bientôt se développer dans quatre pays de la sous région a une stratégie Genre bien élaborée qui permettra pour la première fois dans notre zone Sénégal, Gambie, Guinée Bissau et Guinée de mieux prendre en compte l’aspect Genre et ALPC. UNIFEM travaille également à la prise en compte du genre dans le Programme de reconstruction en Casamance.
La prise de conscience est donc de plus en plus forte par tous les acteurs; la CN est dans un processus d’élargissement à d’autres ministères dont celui de la Famille en charge des questions de genre; le Chef de l’Etat Me Abdoulaye WADE a reçu des femmes de Casamance le 4 Mars et les a assurées de sa décision de les associer au processus de négociations en cours au Sénégal.
Pour davantage d’informations, rendez-vous sur le site du MALAO
Article de Dr Christiane AGBOTON JOHNSON, Présidente du MALAO, membre du RAIAL
|