Bien que le Programme d'action des Nations unies (PA) contienne très peu de références à la sexospécificité, la Réunion biennale des États de 2005 (RBE), qui se tient au siège des Nations unies à New York du 11 au 15 juillet dernier pour évaluer la mise en œuvre du PA, a offert aux délégations gouvernementales et à la société civile maintes occasions d'étudier le lien entre le genre et les armes légères.
À l'image du PA, la majorité des déclarations gouvernementales sont demeurées silencieuses sur la question de genre. Le Canada est le seul à avoir soumis une déclaration officielle sur la question et ce, dans le contexte d'un débat thématique sur « les enfants, les femmes, les personnes âgées et celles souffrant d'un handicap » (la déclaration peut être téléchargée ici ). La discussion qui a eu lieu autour de ce thème, hélas trop vaste, a été la seule occasion de débattre la sexospécificité. Les questions ont uniquement abordé le développement, la mise en œuvre et l'efficacité des programmes pour ces quatre groupes de personnes.
Pourtant, le président de séance, l'ambassadeur Patokallio de Finlande, s'est brillamment efforcé d'aborder de nouvelles questions dans le débat et cette réunion a d'ailleurs été la première à ouvrir un espace de discussion sur les processus de démobilisation, désarmement et réintégration (DDR). Se référant spécifiquement la Résolution 1325 du Conseil de sécurité, qui demande aux États des efforts particuliers pour protéger les droits humains des femmes et des filles dans les situations liées à un conflit et d'intégrer des perspectives sexospécifiques dans toutes les activités de construction et de maintien de la paix, l'ambassadeur a invité les États membres à s'exprimer sur les différents besoins et expériences des femmes et des hommes dans le cadre des processus de DDR. L'Unidir (Institut des Nations unies pour la recherche sur le désarmement) a ainsi eu l'occasion de mettre en évidence l'impact sexospécifique du DDR et de rappeler aux États membres que la RCS1325 leur commande d'inclure les femmes dans tous les aspects de la construction de la paix, y compris le désarmement. Dans ses remarques finales, l'ambassadeur Patokallio réitérait face à l'assemblée plénière que les programmes de DDR « fonctionnent indubitablement mieux lorsque les femmes sont impliquées comme des égales dans la prise de décision et la répartition des gains ».(1)
Fait caractéristique, c'est la présentation des ONG et les événements parallèles qui ont fourni une mine d'information et de perspectives sur une série de sujets liés à la question des sexes et des armes légères. Ces événements ont démontré qu'en dépit de son absence du PA, la sexospécificité est un sujet qui engage tant les gouvernements que la société civile. Dans les mois à venir, les membres d’IANSA auront réellement la possibilité d'influencer le contenu des débats officiels du Comité préparatoire (PrepCom) de janvier et la Conférence de révision (RevCon) de juin, veillant ainsi à ce que la dimension genre soit enfin abordée. En plus de faire pression sur le gouvernement pour qu'il inclue la sexospécificité dans le processus des Nations unies sur les armes légères, les membres d’IANSA peuvent leur soumettre des informations et proposer de rédiger les textes des rapports nationaux. Parmi les trente membres d’IANSA prenant part aux délégations gouvernementales de la RBE 2005, huit seulement étaient des femmes. Les membres d’IANSA peuvent donc également faire pression sur leur gouvernement pour qu'il intègre davantage de membres féminins de la société civile dans leurs délégations officielles.
Présentation des ONG, le 13 juillet
Lors d'une prise de la parole en plénière, IANSA a présenté le réseau en illustrant le large éventail de ses intérêts et préoccupations, y compris la dimension genre. Folade Mutota, de l'Institut des femmes pour un développement alternatif à Trinidad & Tobago, a souligné le lien entre sexes et armes légères ainsi que l'importance de reconnaître que les hommes sont les principales victimes et les principaux utilisateurs des armes et que les femmes ne sont pas seulement des victimes de la violence armée. Elle a cité les recommandations ci-dessous, tirées de la publication du Centre pour le dialogue humanitaire : Missing Pieces (voir la rubrique Nouvelles ressources, ci-dessous). Les États doivent:
- satisfaire pleinement aux normes internationales actuelles en matière de sexospécificité et violence armée ;
- s'intéresser aux jeunes gens en tant que groupe particulièrement vulnérable à la violence armée ;
- former les responsables chargés de l'application de la loi à mieux comprendre les aspects des armes légères liés à la prévention de la violence sexiste ;
- limiter l'acquisition d'armes par des personnes se rendant responsable de violence conjugale ou familiale ;
- tenir compte des perspectives masculines et féminines dans le développement des politiques de prévention de la violence armée.
- Les personnes chargées de programmer et planifier les DDR doivent en particulier s'attacher à respecter l'article 13 de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité.
Evénéments parallèles Lors de la pause-déjeuner, trois événements parallèles étaient explicitement consacrés à la sexospécificité, ce qui est un record ! Tous trois ont bénéficié d'un public exceptionnellement nombreux, ce qui prouve l'existence d'un intérêt réel pour la question, malgré son absence du PA.
Réunion du Groupe de États intéressés (GEI) par des mesures pratiques de désarmement, 12 juillet À cette réunion gouvernementale, Nicola Johnston, d'International Alert (IA), a recommandé aux États, dans le but d'intégrer la sexospécificité dans le PA, de:
- veiller à ce que l'analyse sexospécifique fasse partie intégrante de la planification, de la mise en œuvre et du suivi de l'intervention sur les armes légères ;
- désigner des points de contact nationaux pour le PA des Nations unies et constituer de larges commissions interministérielles en y incorporant des organisations représentant la société civile ;
- identifier, soutenir et développer les activités de désarmement et de construction de la paix à l'initiative de groupes de la société civile, avec une attention particulière pour les groupes de femmes;
- améliorer la collaboration et partager l'information avec les mécanismes qui s'occupent du trafic illicite d'armes légères, de drogues et d'être humains ;
- développer les initiatives de sensibilisation du public dissipant le stéréotype qui associe les hommes aux armes et à la violence et qui reconnaissent le rôle actif des femmes dans le désarmement.
Le Département de l'ONU sur les affaires de désarmement a demandé à IA de rédiger un projet de directives sur la question des sexes et des armes légères.
Contrôlez les armes – « Femmes en ligne de mire », 13 juillet
Pour ce débat, le panel avait choisi pour thème « l'implication des femmes dans le contrôle des armes peut faire la différence. » Six femmes des quatre coins du globe ont livré leur expérience de la violence armée et leurs initiatives pour la réduire. Le débat était présidé par Wendy Cukier (Coalition pour le contrôle des armes, Canada) et les oratrices comptaient Christiane Agboton-Johnson (Malao, Sénégal), Leymah Gbowee (Women in Peacebuilding Network, Liberia) Carmen Rosa de León (Instituto de Enseñanza para el Desarrollo Sostenible, Guatemala), Ema Tagicakibau (Pacific Concerns Resource Centre, Fidji) et Karin Wilson (Million Mom March, États-Unis). Chaque oratrice a fourni une recommandation aux États en guise de conclusion. En voici quelques-unes:
- Il est essentiel que les données concernant les décès et les blessures par armes à feu soient ventilées par sexe. Les acteurs étatiques et civiques doivent mettre en commun leurs informations et leurs méthodologies.
- Des efforts doivent être fournis pour veiller à ce que les femmes soient bien représentées au sein des Commissions nationales. Au moins 30 % (et idéalement, la moitié) des membres doivent être des femmes
- Les gouvernements et la société civile doivent veiller à ce que les femmes soient correctement informées de leurs droits.
- Les gouvernements doivent utiliser les talents et les compétences des femmes pour formuler et appliquer leurs politiques, au plan communautaire comme national. Les femmes connaissent leur communauté!
- La réglementation des armes légères détenues par des civils est essentielle étant donné leur impact sur la sécurité et la santé des hommes et des femmes.
- La dimension genre de la demande en armes légères doit être mieux étudiée. La notion de masculinité est associée à la possession d'arme dans bien des cultures.
Cet événement a été organisé par les partenaires de la campagne « Contrôlez les armes » (Amnesty International, IANSA et Oxfam International) avec la collaboration du Réseau des femmes d’IANSA et la campagne d'Amnesty « Halte à la violence contre les femmes ».
UNIFEM / Centre pour le dialogue humanitaire – Les hommes, les femmes et la violence armée, 14 juillet
Cet atelier a exploré les différents schémas selon lesquels les hommes, les femmes, les garçons et les filles entrent dans la spirale de la violence armée, en sont affectés et y réagissent. Il y a été souligné que l'analyse sexospécifique est à la fois un outil pour mieux comprendre les effets de la violence armée et une importante source d'information pour élaborer une politique efficace. Sous la présidence de Joanne Sandler de l'UNIFEM et Cate Buchanan (Centre pour le dialogue humanitaire), les orateurs comprenaient Michael Kimmel (professeur de sociologie à l'Université d'État de New York), Jessica Galeria (Viva Rio), Vanessa Farr (Institut des Nations unies pour la recherche en désarmement) et la directrice d’IANSA, Rebecca Peters. Parmi les sujets abordés figuraient le recours des hommes à la violence armée et leur vulnérabilité face à elle, les rôles et les réactions des femmes et des filles dans le contexte de la violence armée à Rio de Janeiro, les incidences sur les programmes de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) et les lois nationales sur les armes. |