Le Réseau des femmes d’IANSA au Nigeria est la première branche nationale du Réseau. Établi à Abuja en mars 2005, cette organisation coupole de groupes rassemble des groupes qui traitent des effets de la violence armée sur les femmes. Le Réseau tente d'élever le niveau de conscience du public face à ce problème et d'influencer les politiques à tous les échelons du gouvernement. Elle vise également à intégrer une perspective sexospécifique dans les débats et les processus internationaux de contrôle des armes légères.
Bien que sorti de la guerre civile en 1970, le Nigeria continue d'être affligé par la violence armée. Le Nord du pays a connu des affrontements entre les communautés chrétienne et islamique. Au Sud, le conflit continue de faire rage dans la région du Delta du Niger, entre la population locale et la police. De plus, un niveau accru de violence ethnique et religieuse a été enregistré dans les États de Benue, Nassarawa, Taraba, Plateau, Kwara et Kogi. En 2001, plusieurs centaines de soldats de l'armée nigériane ont tiré sur quelque 200 civils non armés du groupe ethnique Tiv dans l'État de Benue et un grand nombre de leurs femmes et autres parentes ont été violées(1). En mai 2004, l'état d'urgence a été décrété dans l'État de Plateau après que plusieurs centaines de musulmans ont été tués par des militants chrétiens dans la ville de Yelwa et 49 chrétiens, abattus dans une église(2). Small Arms Survey a récemment fait état d'opérations menées dans une relative impunité par des groupes armés en tous genres, y compris des gangs politiques, des milices ethniques, des groupes de défense communautaire et des mercenaires étrangers(3).
De plus, la violence contre les femmes est endémique. Il est courant que les Nigérianes soient violentées par les membres de leur famille et de leur communauté. Une Nigériane sur trois a déclaré avoir été violentée par un partenaire masculin(4). La justice de ce pays pardonne et légalise même certaines formes de violence envers les femmes(5). Il n'est donc pas étonnant que les femmes aient été lourdement affectées par la violence armée, de manière d'autant plus disproportionnée qu'elles ne sont que très rarement elles-mêmes les utilisatrices des armes. Il est réputé que les armes sont utilisées pour commettre des viols et des attaques sexuelles.
Le Réseau des femmes d’IANSA au Nigeria a été mis sur pied pour combattre la violence armée contre les femmes en réunissant un grand nombre d'activistes pour les droits de la femme. À ce jour, il regroupe trente organisations nationales et locales qui travaillent dans divers domaines, depuis l'éducation jusqu'à l'environnement, en passant par la construction de la paix, les droits socioéconomiques, le VIH/Sida et la santé publique. Ses membres se sont unanimement engagés à travailler en priorité au problème de la violence. Si l'affiliation ne se limite pas aux seules organisations de femmes, celles-ci forment pourtant la majorité des membres. Mimidoo Achakpa, fondatrice et coordinatrice du Réseau, affirme que ce dernier suscite beaucoup d'intérêt, en particulier parmi les groupes ruraux, et que le nombre de membres augmente littéralement de jour en jour.
Ce florissant réseau a établi de bonnes relations avec les représentants du gouvernement, y compris le Comité national sur le moratoire Cedeao (NatCom) et le Conseiller présidentiel sur les relations avec la société civile. Au cours de la cinquième Semaine mondiale d'action contre les armes légères en juin, le Réseau a organisé le plus grand événement de son histoire : le lancement d'un nouveau rapport Contrôlez les armes, Armes à feu : les femmes en danger. L'événement a attiré plus de 50 représentants d'ONG, des responsables gouvernementaux ainsi que la presse. Les présentations ont été données par d'importantes personnalités du gouvernement comme le Conseiller spécial du Président (sur les relations avec la société civile), le représentant du gouvernement de l'État de Bayelsa à Abuja et le commissaire des Affaires féminines de l'État de Benue. Le lancement du rapport a été relaté par deux quotidiens, le Daily Trust et le Vanguard. Mme Achakpa, qui est aussi la directrice du WREP (Droit des femmes au programme d'éducation) a déclaré que les femmes ont eu l'occasion de se connaître, de former un réseau et de faire entendre leur voix : « Leurs propos étaient manifestement enthousiastes », raconte-t-elle.
Mme Achakpa a assisté à la Réunion biennale des États (RBE) en juillet, ce qui lui a permis de faire pression sur le gouvernement nigérian et de l'informer au sujet du Réseau. Au cours de la réunion, elle a été interviewée par Radio Nigeria, qui a récemment accordé au Réseau une tranche horaire régulière pour parler de l'impact quotidien des armes sur la vie des femmes.
Les prochains mois seront décisifs pour le nouveau Réseau. Une réunion stratégique de deux jours est prévue pour la fin du mois d'août et Mme Achakpa organisera une série de réunions de décideurs pour toutes les personnes concernées par les politiques relatives à la violence armée. Elle espère que la police y participera. En effet, il est notoire que la police au Nigeria ferme souvent les yeux sur les actes de violence perpétrés contre les femmes. Mme Achakpa recommande aux membres du Réseau des femmes IANSA de suivre son exemple : « On sait qu'un arbre ne fait pas une forêt. Je lance un vibrant appel aux femmes des réseaux IANSA d'autres pays pour qu'elles se lèvent et forment des réseaux nationaux, de sorte que nous puissions toutes avoir une voix.»
Pour de plus amples informations sur le Réseau des femmes IANSA au Nigeria, écrivez à
Mimidoo Achakpa. Pour de plus amples informations sur la violence armée au Nigeria, voyez la page IANSA sur l'Afrique de l'ouest |