Le cinquième anniversaire de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité se doit d'être célébré parce qu’il constitue la reconnaissance des incidences particulières qu’ont les conflits modernes sur la vie des femmes – et des initiatives visant à les combattre et les atténuer.
Toutefois, les menaces ou situations d’insécurité vécues par les femmes, notamment celles générées par la prolifération et l’utilisation abusive des armes à feu, ne sont pas le propre de la guerre et se retrouvent dans nombre de contextes. Bien que ces menaces ou situations d’insécurité aient les mêmes origines, elles sont souvent oubliées et passées sous silence dans les contextes dits en paix.
On interprète cette résolution comme s’adressant essentiellement à un certain type de pays : ceux en proie à la guerre. Or, cela contribue à les étiqueter encore davantage comme pays «de deuxième plan». La communauté internationale en vient à penser qu’ils sont les seuls endroits où les femmes sont «réellement menacées», faisant abstraction des situations d’insécurité qu’elles vivent dans des pays «officiellement» en paix.
En outre, les contextes ne relevant pas véritablement de la guerre ni de la paix sont marginalisés : il s’agit entre autres de pays tel le Brésil, l’Afrique du Sud et le Salvador où des degrés extrêmement élevés de violence armée diffèrent nettement du climat général de paix. A la lueur de tels contextes, le droit international semble bel et bien avoir un champ limité, une vision étroite opposant la paix à la guerre, la sphère publique à la sphère privée.
Aussi, malgré une brève référence à la phase de «pré-conflit», le texte de la Résolution n'évoque-t-il nulle part de mécanismes concrets visant à prévenir et faire reculer la violence envers les femmes dans ces environnements flous. Cette absence souligne combien il est important de se préoccuper davantage de la nécessité de prévenir les éléments générateurs de conflit, d’une part, et de l’existence de degrés particulièrement élevés de violence envers les femmes, de l’autre.
Selon nous, les défenseurs de la 1325 devraient s’efforcer de :
- Veiller à ce que les Etats considérés en paix ne se contentent pas d’interpréter cette résolution à l’aune de ce qu’ils doivent faire pour d’autres Etats ou leur imposer de faire, mais qu’ils tâchent d’en d’analyser le sens, et de le concrétiser dans leurs propres contextes marqués par un continuum de violences.
- Faire adopter une résolution plus ambitieuse visant à agir sur le continuum de violences, ce qui est actuellement impossible vu le caractère limitatif du droit international.
Cela nécessite de repenser la définition de l’intervention, afin qu’elle puisse s’appliquer aux contextes dits en paix. En d’autres termes, il s’agit de l’élargir et de dépasser l'aspect purement militaire pour associer l’analyse et la prévention, ce qui devrait être intégré par tout un éventail de secteurs.
A titre d’exemple, une telle approche globale de la prévention des conflits armés supposerait, outre l’assistance militaire ou humanitaire (voire à la place de celle-ci), des campagnes de désarmement, l'élaboration et la mis en œuvre de politiques de sécurité publique plus inclusives, des programmes efficaces pour lutter contre la violence familiale, ainsi que des politiques et des projets pour encourager le développement et les droits de l’homme, entre autres.
Si la 1325 pouvait être interprétée ainsi, nous disposerions d’un instrument, validé par les Etats membres des Nations Unies, permettant d'améliorer la prévention de la violence au sein de nos sociétés.
Sílvia Roque et Tatiana Moura, Groupe d’études de la paix, Université de Coimbra, Portugal |